Sciences Po Langue et expression française – Partie 3 — Questions and Answers
Question 1: Dans laquelle de ces phrases le subjonctif est-il correctement et nécessairement employé ?
- Je pense qu'il vienne demain.
- Il est certain qu'il vient demain.
- Il faut qu'il vienne demain. (Correct answer)
- Je sais qu'il vient demain.
Correct answer: Il faut qu'il vienne demain.
Le subjonctif est obligatoire après les expressions impersonnelles exprimant la nécessité, le doute, le souhait ou l'obligation, comme « il faut que ». En revanche, après les verbes d'opinion à la forme affirmative (« je pense que », « je sais que ») ou les expressions de certitude (« il est certain que »), on emploie l'indicatif. « Je pense qu'il vienne » est donc une faute de registre.
Question 2: La figure de style qui consiste à atténuer une réalité pour en suggérer davantage, comme dans « ce n'est pas sans talent » pour dire « c'est très talentueux », est :
- L'hyperbole
- La litote (Correct answer)
- L'euphémisme
- L'antiphrase
Correct answer: La litote
La litote dit moins pour faire entendre plus. L'exemple classique en est la formule de Chimène dans Le Cid de Corneille : « Va, je ne te hais point » qui signifie « je t'aime ». Elle diffère de l'euphémisme (qui adoucit une réalité déplaisante sans nécessairement l'amplifier) et de l'antiphrase (qui dit le contraire de ce qu'on pense, souvent ironique).
Question 3: Quelle est la différence entre l'anaphore et l'épiphore comme figures de répétition ?
- L'anaphore est une répétition involontaire ; l'épiphore est délibérément rhétorique
- L'anaphore répète un mot à la fin de plusieurs groupes ; l'épiphore le répète au début
- L'anaphore concerne le son ; l'épiphore concerne le sens
- L'anaphore répète un terme au début de plusieurs groupes ; l'épiphore le répète à la fin (Correct answer)
Correct answer: L'anaphore répète un terme au début de plusieurs groupes ; l'épiphore le répète à la fin
L'anaphore répète un mot ou un groupe de mots en tête de plusieurs propositions ou vers (ex. : « Je suis celui qu'on a blessé… / Je suis celui qui a aimé… » — Nerval). L'épiphore (ou épistrophe) effectue la même répétition en fin de groupe. Ces deux figures créent des effets d'insistance et de rythme caractéristiques de l'éloquence politique et poétique.
Question 4: Le chiasme est une figure de construction fondée sur :
- La répétition d'un même mot en début de vers ou de proposition
- L'inversion symétrique de l'ordre des éléments dans deux groupes parallèles (ABBA) (Correct answer)
- L'accumulation d'éléments de même nature grammaticale en crescendo
- L'opposition frontale de deux réalités contraires dans une même proposition
Correct answer: L'inversion symétrique de l'ordre des éléments dans deux groupes parallèles (ABBA)
Le chiasme organise deux groupes selon un ordre inversé (schéma AB/BA). Exemple célèbre : « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger » (Molière, L'Avare). L'effet est de créer une symétrie croisée qui met en valeur l'opposition ou la complémentarité entre les éléments. Il ne faut pas le confondre avec le parallélisme (ordre AA/BB) ni avec l'antithèse.
Question 5: Dans la dissertation philosophique ou littéraire française, quelle est la structure canonique attendue à Sciences Po et dans les grandes classes préparatoires ?
- Introduction → Développement en deux parties → Conclusion
- Problématique → Argumentation libre → Réfutation → Conclusion
- Introduction → Thèse → Antithèse → Synthèse → Conclusion (Correct answer)
- Accroche → Plan détaillé → Développement → Bilan
Correct answer: Introduction → Thèse → Antithèse → Synthèse → Conclusion
La dissertation française suit le plan dialectique en trois parties : thèse (soutenir une position), antithèse (la critiquer ou la nuancer par une position adverse), synthèse (dépasser la contradiction pour proposer une vision plus complexe). Ce schéma hégélien est le format académique de référence. L'introduction doit poser une problématique et annoncer le plan ; la conclusion doit ouvrir une perspective nouvelle.
Question 6: Laquelle de ces expressions constitue un pléonasme fautif à éviter dans un style soutenu ?
- Un hasard imprévu (Correct answer)
- Une alternative binaire
- Une contradiction interne
- Une question rhétorique
Correct answer: Un hasard imprévu
« Un hasard imprévu » est pléonastique car le hasard est par définition imprévu. De même, « une alternative binaire » est discutable (alternative implique déjà deux options) mais est plus acceptée dans l'usage courant. En revanche, « une contradiction interne » et « une question rhétorique » ne sont pas des pléonasmes : une contradiction peut être externe, et toutes les questions ne sont pas rhétoriques.
Question 7: Qu'est-ce qu'une métonymie, et en quoi diffère-t-elle de la synecdoque ?
- La métonymie substitue un terme à un autre par ressemblance ; la synecdoque par contiguïté logique
- La métonymie concerne les personnes ; la synecdoque concerne les objets
- La métonymie est une figure de sens ; la synecdoque est une figure de construction
- La métonymie substitue un terme par contiguïté logique (cause/effet, contenant/contenu) ; la synecdoque substitue le tout à la partie ou la partie au tout (Correct answer)
Correct answer: La métonymie substitue un terme par contiguïté logique (cause/effet, contenant/contenu) ; la synecdoque substitue le tout à la partie ou la partie au tout
La métonymie remplace un terme par un autre entretenant un rapport logique de contiguïté : cause pour effet (« lire Proust » pour « lire l'œuvre de Proust »), contenant pour contenu (« boire un verre »), lieu pour institution (« l'Élysée a décidé »). La synecdoque est un cas particulier où le rapport est d'inclusion : la partie pour le tout (« une voile » pour « un bateau ») ou le tout pour la partie. La métaphore, elle, repose sur la ressemblance.
Question 8: En rhétorique classique, quelle est la différence entre le registre « délibératif » et le registre « épidictique » dans la classification aristotélicienne des discours ?
- Le délibératif est oral ; l'épidictique est écrit
- Le délibératif porte sur le passé (jugement) ; l'épidictique porte sur le futur (conseil)
- Le délibératif s'adresse aux juges ; l'épidictique s'adresse aux citoyens
- Le délibératif vise à conseiller ou déconseiller une action future ; l'épidictique loue ou blâme pour célébrer ou flétrir (Correct answer)
Correct answer: Le délibératif vise à conseiller ou déconseiller une action future ; l'épidictique loue ou blâme pour célébrer ou flétrir
Aristote distingue trois genres oratoires dans la Rhétorique : le judiciaire (passé : accuser/défendre), le délibératif (futur : conseiller/déconseiller une action politique) et l'épidictique (présent : éloge/blâme, célébration). Le discours épidictique — discours funèbre, panégyrique, satire — vise à renforcer des valeurs communes plutôt qu'à trancher une décision pratique.
Question 9: L'« hyperbate » est une figure de syntaxe qui consiste à :
- Inverser l'ordre logique attendu d'une phrase en déplaçant un élément en position inattendue (Correct answer)
- Répéter un même son consonantique pour créer un effet de rythme
- Omettre les mots de liaison grammaticale entre des propositions
- Employer un terme dans un sens contraire à son sens habituel par antiphrase
Correct answer: Inverser l'ordre logique attendu d'une phrase en déplaçant un élément en position inattendue
L'hyperbate (ou rejet) place un terme ou un groupe en position finale ou initiale décalée par rapport à la syntaxe attendue, créant un effet de surprise ou d'emphase. Exemple : « Elle était de mon pays, la petite fille » (au lieu de « La petite fille était de mon pays »). Cette figure est fréquente dans la poésie classique et le discours oratoire pour mettre en valeur le terme déplacé.
Dans laquelle de ces phrases le subjonctif est-il correctement et nécessairement employé ?